Gustave Le Bon, fondateur de la psychologie de foule

Gustave le Bon Je suis tombé sur un article qui parlait de la psychologie des foules, et de son fondateur, Gustave Le Bon (1841-1931) un sociologue français. Son ouvrage Psychologie des foules (1895) rencontra un fort succès (9 éditions!). D’après [1], on retrouve cet ouvrage à l’origine des travaux:

  • “Psychologie collective et analyse du moi” de Sigmund Freud, paru en 1921, clairement fondé sur une critique de l’œuvre de Le Bon.
  • Les théories fascistes qui émergent dans les années 1920 leurs doivent beaucoup. En effet, le Mein Kampf d’Adolf Hitler s’inspire largement des techniques de propagande proposées dans des ouvrages de Gustave Le Bon.
  • Autre utilisation, dans la première moitié du XXe siècle, elles furent utilisées par des chercheurs en sociologie des média comme Hadly Cantril ou Herbert Blumer pour décrire les réactions des groupes face aux média.

J’ai essayé d’en savoir un peu plus sur son oeuvre. Si vous avez du temps, vous pouvez télécharger toute son oeuvre sur [2]!. On peut lire une synthèse très intéressante sur chaque thème abordé dans ces oeuvres ( Les opinions et les croyances, Psychologie des foules, Psychologie politique, Lois psychologiques de l’évolution des peuples, etc.. ) dans la page [3],. Pour les pressés, c’est toujours instructif de lire quelques citations de l’auteur [4], histoire de mieux le cerner et voir quelles vérités il a mises à jour.

Je recopie ici quelques passages venant de la synthèse [3] qu’y m’ont parus intéressants.

Logiques psychologiques

Pour Gustave Le Bon il n’y a pas une logique mais des logiques, une logique étant “l’enchaînement des causes déterminant tel ou tel comportement”.

Les logiques sont au nombre de 5:

  1. la logique rationnelle, qui est la logique au sens classique du terme;
  2. la logique affective, ou logique des sentiments, qui est en grande partie inconsciente;
  3. la logique mystique, qui est consciente et qui relève de la croyance;
  4. la logique collective, un combiné de la logique affective et de la logique mystique, qui est celle de l’ “homme en groupe, en foule”;
  5. la logique biologique, qui est la cause première parce qu’elle régit la vie de l’individu.

Sur les croyances

Si les croyances peuvent changer, le besoin de croire “constitue un élément physiologique aussi irréductible que le plaisir ou la douleur. Comme la nature a horreur du vide, l’âme humaine a horreur du doute et de l’incertitude…, les dogmes détruits sont toujours remplacés. Sur ces nécessités indestructibles la raison est sans prise” (Les opinions et les croyances, p.8). La science elle-même est soumise aux croyances qui censurent et orientent les recherches et les théories.

On n’est pas religieux seulement quand on adore une divinité, mais quand on met toutes les ressources de son esprit, toutes les soumissions de sa volonté, toutes les ardeurs du fanatisme au service d’une cause ou d’un être devenu le but et le guide des sentiments et des actions”(p.39-40).

La religion, selon Le Bon, synthétise “les sentiments, les idées et les besoins d’une race” (ie culture), elle est indispensable pour conduire les foules à la civilisation par le rêve : “Passer de la barbarie à la civilisation en poursuivant un rêve, puis décliner et mourir dès que ce rêve a perdu de la force, tel est le cycle de la vie d’un peuple”(Psychologie des foules, p.125).

Sur la foule

Le Bon définit dans son ouvrage fondamental “Psychologie des foules” (PUF p.9) ce qu’il entend par “foule psychologique” : “Dans certaines circonstances données, et seulement dans ces circonstances, une agglomération d’hommes possède des caractères nouveaux fort différents de ceux de chaque individu qui la compose. La personnalité consciente s’évanouit, les sentiments et les idées de toutes les unités sont orientés dans une même direction. Il se forme une âme collective, transitoire sans doute, mais présentant des caractères très nets. La collectivité devient alors ce que, faute d’une expression meilleure, j’appellerai une foule organisée, ou, si l’on préfère, une foule psychologique. Elle forme un seul être et se trouve soumise à la loi de l’unité mentale des foules”.

L’individu en foule “n’est plus lui-même, mais un automate que sa volonté est devenue impuissante à guider”.”Isolé, c’était peut-être un individu cultivé, en foule c’est un instinctif, par conséquent un barbare. Il a la spontanéité, la violence, la férocité, et aussi les enthousiasmes et les héroïsmes des êtres primitifs”(p.14).

Comme les femmes et les enfants la “foule psychologique” croit les choses les plus invraisemblables, c’est qu’elle pense par images et que donc c’est son imagination qu’il faut impressionner : “Et c’est pourquoi ce sont toujours les côtés merveilleux et légendaires des événements qui frappent le plus les foules. Le merveilleux et le légendaire sont, en réalité, les vrais supports d’un civilisation. Dans l’histoire l’apparence a toujours joué un rôle beaucoup plus important que la réalité. L’irréel y prédomine sur le réel”(p.35).

“En examinant de près les convictions des foules, aussi bien aux époques de foi que dans les grands soulèvements politiques, comme ceux du dernier siècle, on constate qu’elles présentent toujours une forme spéciale, que je ne puis mieux déterminer qu’en lui donnant le nom de sentiment religieux. Ce sentiment a des caractéristiques très simples : adoration d’un être supposé supérieur, crainte de la puissance qu’on lui attribue, soumission aveugle à ses commandements, impossibilité de discuter ses dogmes, désir de les répandre, tendance à considérer comme ennemis tous ceux qui refusent de les admettre. Qu’un tel sentiment s’applique à un Dieu invisible, à une idole de pierre, à un héros ou à une idée politique, il reste toujours d’essence religieuse. Le surnaturel et le miraculeux s’y retrouvent également. Les foules revêtent d’une même puissance mystérieuse la formule politique ou le chef victorieux qui les fanatise momentanément.

Sur la politique

Ce n’est pas la raison humaine qui fait l’Histoire : “Laissons donc la raison aux philosophes, mais ne lui demandons pas trop d’intervenir dans le gouvernement des hommes. Ce n’est pas avec la raison, et c’est souvent malgré elle, que se sont créés des sentiments tels que l’honneur, l’abnégation, la foi religieuse, l’amour de la gloire et de la patrie, qui ont été jusqu’ici les grands ressorts de toutes les civilisations”(p.67).

“Il était invraisemblable qu’un ignorant charpentier de Galilée pût devenir pendant deux mille ans un Dieu tout-puissant, au nom duquel fut fondées les plus importantes civilisations : invraisemblable aussi que quelques bandes d’Arabes sortis de leurs déserts puissent conquérir la plus grande partie du vieux monde gréco-romain, et fonder un empire plus grand que celui d’Alexandre ; invraisemblable encore que, dans une Europe très vieille et très hiérarchisée, un simple lieutenant d’artillerie (Buonaparte) réussît à régner sur une foule de peuples et de rois”(p.67).

Gustave Le Bon critique le régime parlementaire des démocraties occidentales : “Le régime parlementaire synthétise d’ailleurs l’idéal de tous les peuples civilisés modernes. Il traduit cette idée, psychologiquement erronée mais généralement admise, que beaucoup d’hommes réunis sont bien plus capables qu’un petit nombre, d’une décision sage et indépendante sur un sujet donné”(p.113).

Sur l’éducation

Un bonne éducation doit servir à dominer les réflexes héréditaires, qui sont ceux de l’homme en fou
le, pour lui permettre de garder son self-control, et non à accumuler les connaissances et donc les diplômes. L’instruction, qui est accumulation de connaissances, ne doit pas être confondue avec l’éducation.

Le Bon reproche aux latins de privilégier la mémoire au détriment de l’observation, l’esprit d’initiative, la responsabilité : “Tous les universitaires de race latine tiennent pour un principe à l’abri de toute discussion que c’est par la mémoire seule que les choses se fixent dans l’esprit…, de ce principe fondamental…nous avons vu les conséquences.. Les élèves perdent inutilement huit ans au collège et six mois après il ne leur reste plus rien de ce qu’ils ont appris dans les livres”(Psychologie de l’éducation, p.229).

Références

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